Quoi

Qu’est devenu Anselme ?

Par Olivier Moulard, fable graphique, 76 pages, impression Pantone en tons directs

Soudain, Anselme, un garçon d’une dizaine d’années, vient au monde, là, au milieu du paysage. Ni lui, ni la maison qui se dresse devant lui n’ont de lien avec le monde connu. Ça y ressemble, mais c’est un monde vide, sans chair, juste des signes, des formes, des traits. Anselme avance, inquiet. C’est son double, masqué, qui le sort du vide. S’en suit une conversation à âme perdue entre l’enfant et cet autre qui ne veut pas retirer son masque. C’est un jeu, une série d’énigmes, un labyrinthe dont la promesse est l’amitié. Chaque nouvelle énigme qui se présente à Anselme est l’occasion de mettre en scène un paradoxe de l’entendement humain, pris entre la certitude formelle et l’abîme du sens. Quelle est donc la clef de l’amitié, de l’accès à autrui, comment l’enfant échappe-t-il finalement au solipsisme ? Les questions ne sont pas posées, elles sont esquissées, brossées, contées avec une très grande maîtrise du trait, du cadre, du délicat équilibre entre la composition picturale et la narration du trait. C’est tout l’art singulier d’Olivier Moulard de ne jamais résumer son propos pour le laisser largement respirer dans la page.

Pour réaliser ce livre avec Olivier nous cherchions un regard de graphiste capable de mettre en forme la poésie délicate de Qu’est devenu Anselme ? Nos pas nous ont conduit dans l’atelier de Fanette Mellier. L’évidence de son travail nous a immédiatement conquis. Fanette est habitée par le graphisme et les livres. Poésie, couleurs, tranche, papier, typographie… Elle nous a aidé à donner corps à notre projet. C’est à elle que nous devons l’identité visuelle de la maison d’édition. Ses choix pour Anselme rejoignirent notre intuition première : laisser à la marge sa puissance et sa lumière. Le format, la mise en page, le papier, le choix de la technique d’impression ont découlé du projet de Fanette de faire du blanc le signe dominant. Le blanc qui emplit la couverture et le blanc qui entre progressivement dans un dialogue quasi exclusif avec les couleurs est une métaphore de l’absence. Puis Olivier et Fanette ont repris page après page, chaque trait afin que la mise en papier rende toute les qualités du dessin. Il ne restait plus à Fanette que d’appliquer son sens exceptionnel de la couleur, choix qui ne pouvait que séduire Olivier, lui même grand coloriste.

Olivier Moulard est une figure de l’art. Son travail de peintre ose croiser le regard des Flamands, de Vermeer ou de Rembrandt, des anonymes peintres d’icônes, abasourdis d’avoir entre-aperçu la figure de l’au-delà. Olivier Moulard est aussi un artisan de la figure, un artiste en quête d’images pour traduire l’indicible. Il les saisit, les manipule, les tord, les peint, les dissout, et choisit de les fixer pour nous les proposer. Ou plutôt, pour nous proposer d’aller à leur rencontre. Comme si l’art était cette possibilité d’une rencontre avec ce qui surgit du silence, du néant. Rencontrer Olivier Moulard a été le début d’une nouvelle histoire. Aussitôt après l’accident de la rencontre, il y a l’apparition de la figure, du visage, et là où il n’y avait jusque là rien qu’une possibilité, il y a dorénavant un souci, un souci pour un nouvel autre, mais un souci encore indéfini. Il fallait que cela devienne un projet, pour que ce visage nouveau, ce souci ait un nom. Qu’est devenu Anselme ? est disponible dans certaines libraires, et peut être acheté en ligne sur notre site.

 

(À paraître) Les voyages ordinaires (1)

François Lozet, Roman – 290 pages – Illustrations Laurindo Feliciano.

Les voyages ordinairesLes Voyages ordinaires, c’est histoire de mélancolie. Mais la mélancolie, comme point de passage de l’être qui passe, trait d’union de soi à l’autre, quels que soient les temps et les lieux. Posons aussi que c’est le bonheur d’avoir vécu.

« Si j’osais, je mêlerais volontiers aux personnages qui jalonnent mes réflexions quelques vies qui n’existent que par la force de mon imagination. Des profils fictifs de petites gens ou de tentatives prétendument oubliées que je serais capable de placer ensuite sur le Wikipedia d’un univers parallèle, pour les faire exister. Corps imaginaires révélateurs du réel, s’ils sont bien rêvés. Dans tous les cas, il faut que les vies que je viens fixer ici, dans ce drôle d’herbier, la mienne comprise, rentrent peu à peu en résonance, pour que, derrière leur musique chaotique, leurs rêveries, leurs fiertés, leurs vanités, leur carnaval, se révèlent des liens, des dissemblances, des contradictions, des évocations – et, en suspension, c’est à dire sans direction réellement définie, le passage d’une pensée… »

Superbement illustrée par Laurindo Féliciano, jouant de l’organique et du collage, entre mémoire et fictions, entre figures historiques et figures ordinaires, méditations poétiques et théories imaginaires, la prose de François Lozet, à la fois dense et légère, savante et silencieuse, est à découvrir, comme elle nous découvre.

Précommande accessible en ligne.

John Estenon