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Le lion qui parle est né du plaisir du malentendu, celui qui vous pousse à rester encore un peu là, dans l’espoir de lever le doute. Le malentendu est toujours riche d’un reste à comprendre, de quelque chose qui échappe, d’un bout d’histoire qu’on nous a cachée, d’une référence au contexte plus compliqué qu’il nous a paru, d’un jeu de langage élevé au carré ou à l’humour… Le lion, ou plutôt son image, a surgi dans l’imagination de Ludwig Wittgenstein pour mettre fin à cette dernière illusion : “Quand bien même un lion saurait parler, nous ne pourrions  le comprendre”.

Mais le lion parle quand même, dirons-nous, malgré l’illusion, ou plutôt grâce à elle. Les livres que nous présentons sont donc des témoignages paradoxaux : ils disent notre volonté d’être compris et notre renoncement. Il faut les accepter ainsi qu’ils se présentent, comme des tentatives que nous avons eu la folie de poursuivre jusqu’à leur donner une matérialité, une forme, jusqu’à ce qu’ils deviennent eux-mêmes le point de départ d’une nouvelle histoire. La vôtre, celle du lecteur qui s’empare de l’objet avec ses mains, ses yeux, son intelligence et puis tout son être. Pour nous, notre génération, pliée entre deux millénaires, entre deux écritures de l’humanité, le livre unit l’esprit à la matière, il nait d’un travail collectif, la somme des intentions issues des rencontres entre ses artisans, auteur, éditeur, graphiste, illustrateur, traducteur, lecteur. Une somme d’infinis en papier.

Le lion qui parle, la maison d’édition, est animée par Véronique Peyrot et David-Fitzgerald Prud’homme. Nous projetons la publication de cent livres, cent exemples de malentendus que nous espérons délicieux et beaux.