Les Voyages ordinaires, c’est peut-être une histoire de mélancolie. Mais la mélancolie comme point de passage, celui de l’être qui passe, trait d’union de soi à l’autre, quels que soient les temps et les lieux. Posons aussi que la mélancolie c’est le bonheur d’avoir vécu.

“Si j’osais, je mêlerais volontiers aux personnages qui jalonnent mes réflexions quelques vies qui n’existent que par la force de mon imagination. Des profils fictifs de petites gens ou de tentatives prétendument oubliées que je serais capable de placer ensuite sur le Wikipedia d’un univers parallèle, pour les faire exister. Corps imaginaires révélateurs du réel, s’ils sont bien rêvés. Dans tous les cas, il faut que les vies que je viens fixer ici, dans ce drôle d’herbier, la mienne comprise, rentrent peu à peu en résonance, pour que, derrière leur musique chaotique, leurs rêveries, leurs fiertés, leurs vanités, leur carnaval, se révèlent des liens, des dissemblances, des contradictions, des évocations – et, en suspension, c’est à dire sans direction réellement définie, le passage d’une pensée…”

Superbement illustrée par Laurindo Féliciano, jouant de l’organique et du collage, entre mémoire et fictions, entre figures historiques et figures ordinaires, méditations poétiques et théories imaginaires, la prose de François Lozet, à la fois dense et légère, savante et silencieuse, est à découvrir, comme elle nous découvre.

John Estenon